La toile souterraine : ce que pèse vraiment le réseau des champignons
Des chercheurs ont calculé l'étendue du réseau de champignons qui se développe sous nos pieds. Longtemps méconnue, cette toile joue un rôle mesurable dans le stockage du carbone — et elle est absente de la plupart des modèles.
Par Inès Charrier · 15 août 2026 · 7 min de lecture
Sous un mètre carré de forêt tempérée, on peut dérouler plusieurs kilomètres de filaments fongiques. Cette toile, longtemps méconnue faute d'outils pour la mesurer, vient d'être cartographiée à grande échelle. Le résultat déplace un poste entier du bilan carbone.
Une association, pas une plomberie
Le vocabulaire courant parle de « réseau », ce qui suggère un système de transport neutre. La réalité biologique est un marché : la plante cède des sucres issus de la photosynthèse, le champignon fournit de l'eau, du phosphore et de l'azote qu'il puise dans un volume de sol inaccessible aux racines. Les termes de l'échange varient selon les partenaires, et certaines plantes sont d'authentiques resquilleuses.
Une véritable toile souterraine, longtemps méconnue, mais essentielle dans la régulation du climat.
Le point qui intéresse les climatologues
Une part importante du carbone fixé par la photosynthèse transite par ces champignons avant d'être stockée dans le sol ou respirée. Le de cette biomasse détermine si le carbone reste piégé quelques semaines ou plusieurs décennies. C'est la différence entre un puits et un simple couloir de passage.
Or la plupart des modèles de cycle du carbone traitent le sol comme un compartiment agrégé, sans distinguer la fraction fongique. Ce n'est pas une négligence : c'est l'absence de données de terrain suffisamment homogènes pour paramétrer autre chose.
Ce que ça change pour la gestion des forêts
Trois conséquences pratiques se dessinent. Le labour et le retournement profond détruisent une partie du réseau, avec un temps de reconstitution qui se compte en années. La coupe rase prive le mycélium de son partenaire photosynthétique, provoquant un effondrement rapide de la biomasse fongique. Enfin, la sécheresse répétée — sujet devenu central en France — affecte le mycélium avant même que les arbres ne montrent des signes visibles.
La prudence s'impose toutefois sur un point : l'idée d'un « internet des arbres » où les végétaux communiqueraient volontairement à travers les champignons dépasse largement ce que les données démontrent. Les échanges existent et sont mesurables. L'intentionnalité, elle, reste une projection.
Vivant — écrire à la rédaction