Chaleur et pesticides : le risque qui se cumule dans les champs
Le réchauffement aggrave l'exposition des travailleurs agricoles aux pesticides. Le mécanisme est physiologique autant que chimique : on transpire, on absorbe davantage, et les produits se volatilisent plus vite.
Par Anaïs Perrot · 10 août 2026 · 6 min de lecture
On connaît le risque thermique. On connaît le risque chimique. Ce que les travaux récents mettent en avant, c'est leur combinaison : le réchauffement aggrave l'exposition des travailleurs agricoles aux pesticides, avec une population concernée qui se compte en millions de personnes à l'échelle continentale.
Trois mécanismes qui se cumulent
Le premier est physiologique. Sous la chaleur, la peau transpire et se vascularise ; l'absorption des substances liposolubles augmente. Le deuxième est comportemental : par forte chaleur, le port d'un équipement de protection intégral devient difficilement tenable, et les travailleurs l'allègent — ce que n'importe qui ferait à 38 degrés.
Le troisième est physico-chimique. La des produits s'accroît avec la température, ce qui déplace l'exposition de la voie cutanée vers la voie respiratoire, généralement plus problématique.
Chaque risque est évalué séparément, alors qu'ils s'exercent au même moment sur les mêmes personnes.
Le problème réglementaire
Les seuils d'exposition professionnelle sont établis dans des conditions standardisées, à température modérée. Ils supposent également un port correct des équipements. Aucune de ces deux hypothèses ne tient lors d'un épisode caniculaire, situation qui devient la norme estivale dans le sud de l'Europe.
Ce qui pourrait changer sans révolution
Les leviers existent et ne demandent pas de rupture technologique. Décaler les traitements aux heures fraîches, ce que beaucoup d'exploitations font déjà pour des raisons d'efficacité. Interdire les épandages au-delà d'un seuil de température, comme il en existe pour le vent. Adapter les équipements de protection à la chaleur plutôt qu'exiger le port d'une combinaison conçue pour l'automne.
Le point aveugle reste la mesure : sans données d'exposition réelle en conditions caniculaires, les recommandations resteront prudentielles plutôt que quantifiées. C'est la limite honnête de ce dossier.
Climat — écrire à la rédaction