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Point de Rosée La science, à hauteur de preuve

Revue mensuelle de sciences
Août 2026 · N° 47

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Ce numéro · Santé · Le repérage du TDAH

Santé

Un diagnostic construit sur des garçons de huit ans

Les critères de repérage du trouble de l'attention ont été établis sur des populations très majoritairement masculines et enfantines. Conséquence mécanique : une partie des femmes concernées n'est identifiée qu'à l'âge adulte, ou jamais.

Par Damien Ferré · 8 août 2026 · 6 min de lecture

Repérage selon la présentation du trouble et le seuil de gêne perçue.
Repérage selon la présentation du trouble et le seuil de gêne perçue. — Schéma original — Point de Rosée

Elles semblent aller bien et s'épuisent en silence. La formule décrit une situation clinique documentée : le trouble du déficit de l'attention est repéré plus tardivement chez les femmes, et parfois jamais. La raison n'est pas biologique. Elle tient à la façon dont les critères ont été construits.

Une échelle mesure ce qu'elle a été conçue pour mesurer

Les critères historiques reposent sur des cohortes de garçons d'âge scolaire, orientés vers le soin parce qu'ils dérangeaient en classe. Les échelles de repérage qui en découlent détectent donc très bien l'agitation motrice, l'impulsivité, l'opposition. Elles détectent mal la , plus fréquente chez les filles : rêverie, désorganisation, oublis, lenteur d'exécution.

Un enfant qui dérange est orienté. Un enfant qui décroche silencieusement est jugé étourdi.
Une asymétrie bien décrite dans la littérature de repérage

Le coût du diagnostic tardif

Il ne se limite pas au retard de prise en charge. Une personne non diagnostiquée développe des stratégies de compensation coûteuses : sur-préparation systématique, contrôle permanent, évitement de situations exposées. Ces stratégies fonctionnent — d'où l'impression que « tout va bien » — mais au prix d'une fatigue chronique et d'une anxiété fréquemment diagnostiquée à la place du trouble sous-jacent.

C'est pourquoi les diagnostics adultes surviennent souvent au moment d'une surcharge : naissance d'un enfant, changement de poste, perte d'un cadre qui tenait l'organisation à bout de bras.

Ce qu'il faut éviter comme conclusion

Deux excès guettent ce sujet. Le premier consiste à nier le trouble et à parler de mode. Le second consiste à en faire une explication universelle de toute difficulté d'attention — or la fatigue, le sommeil insuffisant, l'anxiété et la simple surcharge produisent des symptômes similaires.

La position tenable est plus étroite : un diagnostic ne se pose pas sur un questionnaire en ligne, et un repérage tardif chez l'adulte demande une évaluation qui documente l'existence des difficultés dès l'enfance. Reconnaître un biais historique de repérage ne dispense pas de la rigueur diagnostique — c'est même l'inverse.

Damien Ferré

Santé — écrire à la rédaction

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